[deutsche Übersetzung: weiter unten]

L’armée gouvernementale et les rebelles dissidents se battaient à longueur de journée. Pour remettre le train sur les rails, la Communauté internationale avait soutenu les dix-neuf conférences nationales souveraines qui avaient accouché d’une chauve-souris. Le gouvernement central, malgré ses soldats formés en Chine, Soudan, Angola et Cuba n’était pas parvenu à tordre le cou à la rébellion. Celle-ci reprochait au gouvernement central de se garder la part du lion. Sans notre province, ce pays est une mascarade, tonnait le Général dissident. Nous ne pouvons pas nous contenter des miettes tant que c’est nous qui vous offrons de quoi manger. Les rebelles se battaient à l’aide de flèches, de machettes et de lance-pierres. Ils montaient au front avec un féticheur et observaient toutes sortes de prohibitions censées donner l’invulnérabilité : abstinence sexuelle à durée illimitée, défense de prendre son bain, de manger la viande de bœuf ou de porter des chaussures, etc. Exacerbés par la longueur du conflit, les rebelles se replièrent sur un bout de terre de la province extrêmement riche et objet de convoitise qu’ils nommèrent la Ville-Pays. Comme si cela ne suffisait pas, ils baptisèrent l’ancien territoire national, inutilement vaste, désertique à souhait, traversé par un grand fleuve qui ne servait pratiquement à rien à part se suicider dans l’océan, du nom d’Arrière-Pays. 

De toutes les bourses, les peuplades prenaient d’assaut la capitale de la Ville-Pays, la plus petite capitale du monde, constituée tout juste d’un bar, le fameux Tram, et de la gare dont la construction métallique inachevée ramène à la mémoire la figure d’Henry Morton Stanley. La légende regroupe ces peuplades en trois catégories.

Première catégorie : des individus qui vivent le jour dont la plupart sont de fonctionnaires trimbalant de nombreux mois de non-paiement qui leur arrivent jusqu’au cou et dont ils sont les seuls à posséder les statistiques. Même avant la sécession, ils vivaient misérablement.  

–Vous avez l’heure ? 

La deuxième catégorie est composée des somnambules. Ils craignent, paraît-il, de crever dans leur sommeil. Raison pour laquelle ils s’abreuvent d’une potion qui les garde en veilleuse, de jour comme de nuit. On retrouve dans ce groupe les étudiants, les creuseurs, les canetons, les touristes à but lucratif, les amis et proches collaborateurs de la Dissidence.  

Enfin, la catégorie la plus têtue, à laquelle font cortège les filles-mères, les vendeurs d’organes, les enfants-soldats et leurs kalachnikovs, les apôtres, les serveuses et aides-serveuses de nuit, les musiciens venus de l’ex-Zaïre, les bandits et autres cambrioleurs. Ils dorment pendant la journée. Ils savent, plus que n’importe quel homme, nouer les deux bouts de la semaine. Docteurs honoris causa dans toutes les matières (corruption, drogue, sexe, pillages, minerais, malversations, beuverie…), la nuit est leur principal fonds de commerce. 

Les jazzmen se retirèrent sur un morceau de Gillespie, A Night in Tunisia.  

 

© Fiston Mwanza


Die Regierungsarmee und die rebellischen Dissidenten bekämpften sich pausenlos. Um den Zug wieder aufs Gleis zu stellen, hatte die internationale Gemeinschaft neunzehn souveräne Nationalkonferenzen einberufen, und die hatten eine Fledermaus geboren. Trotz ihrer in China, Angola, im Sudan und auf Kuba ausgebildeten Soldaten war es der Zentralregierung nicht gelungen, den Aufstand niederzuschlagen. Die Aufständischen warfen der Zentralregierung vor, sie würde den Löwenanteil für sich behalten. Ohne unsere Provinz ist dieses Land eine Karnevalsveranstaltung, wetterte der General der Dissidenten. Wir können uns nicht mit Krümeln abspeisen lassen, zumal wir diejenigen sind, die Euch zu essen geben. Die Aufständischen kämpften mit Pfeilen, Macheten und Steinschleudern. Sie nahmen einen Schamanen mit an die Front und hielten alle möglichen Arten von Vorschriften ein, die sie unverwundbar machen sollten: zeitlich unbeschränkte sexuelle Enthaltsamkeit, Verbot zu baden, Rindfleisch zu essen oder Schuhe zu tragen, etc. Angestachelt von der Dauer des Konflikts, zogen sich die Rebellen auf ein Stück Land zurück, das Teil einer besonders wohlhabenden Provinz und Objekt der Begierde war und das sie Ville-Pays nannten. Und damit nicht genug, tauften sie das ehemalige Staatsgebiet, diese unsinnig große Traumwüste mit dem breiten Fluss, dessen einziger Zweck praktisch darin bestand, sich im Ozean zu ertränken, auf den Namen Arrière-Pays.

 

Aus allen Börsen stürmten Völker die Haupstadt von Stadt-Land, die kleinste Hauptstadt der Welt, die lediglich aus einer Bar, dem berühmten Tram 83, und dem Bahnhof bestand, dessen halbfertige Metallkonstruktion an Henry Morton Stanley gemahnte. Die Legende teilt diese Völker in drei Gruppen ein.

Gruppe eins: Jene, deren Leben sich tagsüber abspielt, fast alle Funktionäre, denen die monatelange Zahlungsunfähigkeit, über die nur sie selbst eine Statistik führen, bis zum Halse steht. Sie lebten schon vor der Sezession in ärmlichen Verhältnissen.

„Können Sie mir sagen, wie spät es ist?”

Die zweite Gruppe besteht aus Nachtwandlern. Ihre größte Angst ist es anscheinend, im Schlaf zu krepieren. Daher nehmen sie einen Trank zu sich, der sie Tag und Nacht auf Standby hält. Zu dieser Gruppe gehören Studenten, Minenarbeiter, Küken, Touristen mit Geschäftsabsichten sowie die Freunde und engen Mitarbeiter der Dissidenten.

Und zuletzt die starrköpfigste Gruppe, dazu zählen Mutter-Mädchen, Organhändler, Kindersoldaten mit ihren Kalaschnikows, Apostel, Kellnerinnen und Hilfskellnerinnen der Nachtclubs, Musiker aus Ex-Zaire, Straßenräuber und anderen Diebe. Sie schlafen tagsüber. Besser als alle anderen verstehen sie es, durch die Woche zu kommen. Sie sind Doktor honoris causa in allen Fächern (Korruption, Drogen, Sex, Plünderung, Erz, Veruntreuung, Saufen…), die Nacht ist ihre wichtigste Geschäftsgrundlage.

Die Jazzmusiker beschlossen ihren Auftritt mit einem Stück von Gillespie, A Night in Tunisia.

 


© Deutsche Übersetzung: Katharina Meyer; Lektorat: Gernot Krämer

 

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