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Tambour battant

Il y eut les nuits, les nuits, la nuit, d’autres, éternelles et particu­lières, sans lune, trépidantes, laissant traîner au ciel, dans un recoin, un croissant jaune ensorceleur, maussades, ou bien d’accalmie sur la ville qui soudain se donnait pour morte. J’étais veilleur. Sur le qui-vive. Éveillé quand enfin ça se calme, partant dormir dès que ça reprend. Manière de prendre Regson à contre-pied. Pour des raisons qui me sont propres, je voulais éviter la tyrannie de la face humaine, l’omniprésence de l’Homme qu’on trouve le jour planté le long de chaque mur et incrusté au cadre des fenêtres à ne plus pouvoir y échapper.

 

Le lieu où je travaillais s’appelle Capabellis. Autour d’un atrium, mettez donc dans votre tête trois bâtiments immenses : c’est de l’architecture pour temps modernes, sur la rive droite de l’Ihavel mais prenant soin de tourner le dos à ce fleuve si délicieusement démodé. Ça s’entasse sur trente-trois étages : sociétés d’assurance, agences de communication, banques, sièges sociaux, chambres d’hôtel, cabinets d’avocats ou cabinets de conseil. Au trente­troisième étage, point culminant, c’est le restaurant romantique où les hommes et les femmes et les hommes et les hommes et les femmes et les femmes se donnent des rendez-vous autour de tables pour deux à l’addition salée qui mènent au lit, ou pas. Enfin tout ça n’est qu’une façade destinée à couvrir la véritable activité de ces gens: Capabellis en fait, c’est une fondation philanthropique. Le but final c’est le monde meilleur. Simplement comme les cadres, là-bas, portent des costumes sobres et sont d’une extrême modestie, quand ils font le bien c’est sans ostentation.

 

Lorsque les ténèbres s’établissent, ils s’en vont un à un – le temps se suspend – je viens prendre mon tour. Je ne suis pas un homme du devant. Nexus c’est très mauvais pour servir de vitrine. La partie noble commence juste derrière l’entrée principale, une fois passées les portes-tambours. Il pousse dans l’atrium une véritable forêt arti­ficielle, tropicale qui plus est, au milieu des gouttes de chute d’eau. À l’accueil, autre signe extérieur de verdure : les orchidées superbes dans leurs vases aux cailloux polis ; et puis les standardistes : de belles plantes également. Elles doivent être d’un physique agréable. On voit bien ce que ça veut dire, et je ne corresponds pas vraiment à la définition. Tout cela un peu froid. On a dû renoncer à la chaleur humaine : c’est spontané, imprévisible, volcanique presque, au fond emmerdant à gérer. À la place on a mis les formules de la politesse, la courtoisie réglementaire et inscrite dans la charte : si vous ne l’obtenez pas du premier coup, vous pouvez réclamer, faire descendre le manager de son dix-septième étage. Pour moi ça ne remplace pas – mais toutes les études montrent que c’est plus efficace.

 

De l’heure dite vingt et une à l’heure dite six heures le lendemain, moi j’opère à l’arrière, côté cartons et gros bras techniciens. C’est dans une petite rue étroite, suintante d’échafaudages, sans lampe aucune – simple fente entre deux avenues, pour faire entrer-sortir ce qui doit entrer et sortir mais ne mérite pas le coup d’œil : le produit empaqueté, le déchet – rue digestive pour ainsi dire, sans même trop de nom, juste assez large pour que le camion tourne, à condition que le chauffeur ait un compas dans l’œil. Les ordures s’y entassent le soir et restent passer la nuit. au matin on désamoncelle. Il paraît que le soleil passe trente-cinq minutes par jour, mais c’est des heures où je ne suis pas là. Mon boulot, moi… Il paraît qu’à toujours visser le même boulon, on risque à tout moment de devenir un rebelle ou un incompétent. Pour cette raison, les gens qui gèrent les gens ont décidé que je travaillerais en alternance. En alternance, c’est l’invention fortiche, et ils en sont très fiers. Alors : parfois on me demande l’œil immobile, rivé sur les écrans ; du devant je ne connais que ce que les écrans veulent montrer, fragments hétéroclites selon les angles. Beaucoup l’entrée, bien sûr : les gens s’engoncent avec leurs man­teaux et le froid dans le barillet de la porte-revolver, puis s’extraient un à un, les oreilles bouchées par la compression de l’air mais le froid laissé derrière eux, et fusent dans l’atrium comme à la rou­lette russe. Parfois ma hiérarchie préfère l’œil en mouvement, mis en orbite autour du bloc, le tour quinze fois, vingt fois, pendant que l’heure tourne, afin de montrer qu’on est présent et de décourager toute tentative. On sait que le sud de Comercio, c’est un quartier d’affaires. Ajoutez le fleuve tout proche. Ça donne : le vent illimité, et nu, et noir, plus personne dans les rues dès que passe vingt-trois heures. Dans la nuit de Regson, chaque bruit de pas se réverbère d’une façade à l’autre comme effroyable prophétie : les hommes s’annoncent de loin, précédés de cet écho, restent longtemps invi­sibles, ou silhouettes que le noir amalgame et dont on ne sait pas trop dire si elles représentent une menace, puis disparaissent en autant de claquements de talons qu’ils se sont approchés. Par nuit morte et déserte, les femmes, elles, claquent des dents en même temps que des talons : bien soulagées quand on se croise de voir que je m’appelle Sécurité. À d’autres, gros bras, nez pétés deux-trois fois, corps mus­culaturés, capables de casser la gueule sans sommation ni déplaisir, on glisse dans la ceinture des pistolets et le droit de frapper si néces­saire. À moi, rien. Contente-toi de signaler ce qui pourrait être suspect. Ce n’est pas à moi, par chance, qu’il incombe de savoir si c’est suspect ou pas. Je signale. Si je vois quelque chose, je dois dire quelque chose. Sinon, et le plus souvent, je me tais.

 

Ça c’est le métier en peu de mots. Alors si je dis tambour battant c’est pour me chanter des choses et donner l’illusion du rythme. En fait c’est monotone : un métier de tourne-en-rond, une vie sans tambour ni musique. D’où la question qui ne me quitte pas : quand les faits vous réduisent à rien – que le cerveau appauvri fait sa glissade vers les tréfonds – est-ce que ce n’est pas le moment de passer le relais au fantasme ? Parmi tous les fantasmes qui tiennent les hommes debout, lesquels sont bons à prendre ? Et quels sont ceux qu’il faut refuser parce qu’ils exercent sur nous une influence malsaine et nous aveu­glent sur ce qu’est la vie? De tout ce que je peux imaginer en matière de questions, celle-là, à mon avis, est la plus capitale. C’est quelque chose dont il aurait fallu que je parle à Van Goyen quand il en était encore temps. enfin… j’ai désormais… pour réfléchir… perpétuité devant moi, alors rien n’est perdu. Toujours est-il : parfois, pour me donner le sentiment de ma propre importance, j’ai préféré tuer l’insignifiant veilleur de nuit et me voir en gardien du trésor. Car s’il y a bien une chose facile que j’ai toujours su faire, c’est l’histoire synthétique de l’or. Dans les temps idylliques, l’or reposait au fond des rivières et luisait au milieu du ballet des ondines. Puis on l’a transporté dans des cavernes sous la surveillance des dragons, mais ils n’arrêtaient pas de s’endormir et se faisaient plus souvent qu’à leur tour décapiter par les héros. Dorénavant, pour plus de sûreté, il est dans les coffres des banques sous ses formes triviales de lingots et de billets – et puis partout, matérialisé de façon plus subtile en bâtiments, mobilier, bases de données, ordinateurs, capable même de se hausser jusqu’à l’immatériel : matière grise, connaissances, ines­timable capital humain. La constante qui se dégage, à relire cette histoire plurimillénaire, c’est que les capitaux ne s’accumulent que lorsqu’ils peuvent reposer tranquillement; il faut pour garder leur sommeil des gens qui ne ferment pas l’œil. C’est pour ça que j’étais là : le bouclier humain, défendeur inlassable de la civilisation face aux hordes barbares. Qui veut la paix prépare la guerre. À Regson, ils traduisent le proverbe en langage très moderne : préparez les grillages, barricades, portes blindées et verrouillées, portillons élec­tromagnétiques, caméras de surveillance, détecteurs, ne laissez entrer personne sans avoir pris son nom, méfiez-vous des métaux en tout genre, de tout ce qui est pointu, de tout ce qui est liquide, ne faites confiance à personne et vous aurez la paix.

 

Sinon, toujours pour l’alternance, pendant quelques semaines, ils m’avaient mis liftier. Ça paraît mieux, mais en fait non. Liftier c’est vraiment le sale métier. Coincées dans l’ascenseur, il y a toujours des femmes avec des habits et des seins qu’elles ont lon­guement positionnés devant les glaces ; pour voir de plus près cependant, il faudrait être en dessous des jupes, aplati au plancher, ou accroché au-dessus à la façon des yeux qui me surveillent ici. C’est l’incroyable du métier de liftier : c’est sans arrêt monter­descendre, mais privé complètement des avantages de la vue par en dessous ou de la vue en surplomb. On est de plain-pied, tout le temps, enfermé dans la cage, avec les gens qui parlent entre eux ou se taisent, ils font comme si je n’existais pas, regardent défiler les chiffres, regardent la pointe de leurs chaussures, comme si j’étais une grande manivelle rouge, et à la fin, quand ils sont sûrs d’être débarrassés de vous, ils marmonnent un merci au revoir qui sent son soulagement. Liftier c’est bon peut-être pour ceux qui maîtrisent le sourire et la conversation par fulgurances ; qui ont toujours aux lèvres une remarque bien sentie sur le fond de l’air qui aujourd’hui est étonnamment frais. Car on est interrompus à tout va : les étages arrivent vite et il faut rompre là, en plein milieu d’une phrase ; les gens ont posé une question pour être polis mais n’ont pas franchement le temps d’écouter la réponse. Ou bien on sonne déjà en bas et c’est vous qui devez redescendre pour charger les suivants. Au final un petit métier qu’on donne à ceux qui ne servent à rien parce que le sentiment de participer à la grande marche du monde en poussant un bouton leur évite paraît-il de battre le pavé, de trop regarder les pavés, d’en desceller deux-trois pour voir et de les jeter pour voir contre les vitrines glaçantes et moroses de la collection hiver. — Voilà Capabellis. C’est ça ce que je faisais. Je ne peux pas dire que j’en sois fier. C’est l’argent. L’argent. À moi comme à tout le monde, il en fallait. J’ai sacrifié ces heures pour les choses autrement décisives que j’avais à faire le jour, une fois rentré chez moi.

 

© Vincent Message



Nexus erzählt von seinem Beruf als Nachtwächter

Da waren Nächte, Nächte, Nacht, andere, ewige und einzigartige, mondlose, vibrierende, die in einer Ecke des Himmels eine goldene Zaubersichel liegen ließen, trostlose oder solche der Ruhe über der Stadt, die sich dann plötzlich tot stellte. Ich war Nachtwächter. Ich passte auf. War wach, wenn sich endlich alles beruhigte, und wenn es wieder losging, schlief ich ein. So habe ich Regson ins Leere laufen lassen. Aus mir eigenen Gründen wollte ich mich der Allgegenwart der Menschen entziehen, die tagsüber an jeder Wand entlang stehen, der Tyrannei ihres Gesichts, das in jedem Fensterrahmen hängt, kein Entkommen möglich.

Mein Arbeitsplatz hieß Capabellis. Baut im Kopf drei riesengroße Gebäude um ein Atrium herum – Architektur für moderne Zeiten, am rechten Ufer der Ihavel errichtet, aber darauf bedacht, diesem entzückend altmodischen Fluss die Kehrseite zu zeigen. Das türmt sich dreiunddreißig Stockwerke übereinander: Versicherungsgesellschaften, PR-Agenturen, Banken, Firmensitze, Hotelzimmer, Anwaltskanzleien, Unternehmensberater. An der Spitze, in der dreiunddreißigsten Etage, ein romantisches Restaurant, in dem sich Männer mit Frauen, Männer mit Männern oder Frauen mit Frauen zu gesalzenen Preisen an Zweiertischen treffen, was schließlich im Bett endet oder auch nicht. Das ist aber alles nur Fassade, hinter der sich die wirkliche Tätigkeit all dieser Menschen abspielt: Capabellis ist nämlich eine philanthropische Stiftung mit dem Endziel einer besseren Welt. Aber die höheren Angestellten tragen schlichte Anzüge und sind äußerst bescheiden, und wenn sie Gutes tun, dann ohne Aufhebens.

Bei Einbruch der Dämmerung geht einer nach dem anderen – die Zeit bleibt stehen –, und ich übernehme. Ich bin kein Mann für den vorderen Bereich. Nexus passt nicht als Aushängeschild. Gleich hinter dem Haupteingang, wenn man durch die Drehtüren kommt, beginnt der edle Teil. Im Atrium wächst ein richtiger künstlicher Wald, sogar mit tropischen Pflanzen und mitten im Getröpfel von einem Wasserfall. Am Empfang prachtvolle Orchideen in Vasen mit geschliffenen Steinen – noch ein äußeres Zeichen des Grüns – und die Telefonistinnen: auch schöne Pflanzen. Sie müssen von angenehmem Äußeren sein. Was das heißt, kann man sich denken, und ich entspreche nicht ganz der Definition. Bisschen kalt das Ganze. Auf menschliche Wärme musste man verzichten: Sie ist spontan, unvorhersehbar, fast vulkanisch, also verdammt schlecht zu kontrollieren. Statt dessen setzte man auf einnehmende Floskeln, eine reglementierte und in der Charta aufgeschriebene Höflichkeit: Wenn du sie nicht sofort bekommst, kannst du sie reklamieren und den Manager aus seinem siebzehnten Stockwerk herunterzitieren. Für mich ist das kein Ersatz – aber sämtliche Studien zeigen, dass es effizienter ist.

Sozusagen von 21 bis sechs Uhr morgens operiere ich im Hintergrund, da wo die Kartons und die grobschlächtigen Haustechniker sind: in einer kleinen, engen Gasse voller Gerüste und ohne eine einzige Lampe. Es ist bloß ein Schlitz zwischen zwei großen Straßen, wo alles rein- oder rauskommt, was rein oder raus soll, keines Blickes würdig: das verpackte Produkt, der Müll – ein Verdauungsgang sozusagen, namenlos und gerade breit genug, dass ein Fahrer mit gutem Augenmaß seinen Lkw wenden kann. Abends häufen sich dort die Abfälle und übernachten dort. Morgens wird geräumt. Fünfunddreißig Minuten täglich soll die Sonne vorbeikommen, aber das ist außerhalb meiner Zeit. Was ich dort tue … Anscheinend wird man ja leicht aufmüpfig oder vertrottelt, wenn man immer nur an der gleichen Schraube rumschraubt. Deshalb haben die Menschen, die andere Menschen führen, entschieden, dass ich alternierend arbeiten soll. Eine schlaue Erfindung, auf die sie sehr stolz sind. Also wird manchmal von mir der starre Blick verlangt, auf die Bildschirme; vom vorderen Bereich kenne ich nur, was die Bildschirme zeigen wollen, unterschiedliche Ausschnitte je nach Blickwinkel. Viel vom Eingang natürlich: Die Leute drängeln sich mit ihren Mänteln und der Kälte in die Trommel der Drehtüren, dann kommen sie einer nach dem andern wieder heraus, die Ohren vom Luftdruck verstopft, aber die Kälte haben sie hinter sich gelassen und strömen ins Atrium wie zum russischen Roulette. Manchmal bevorzugt meine Herrschaft aber auch den wandernden Blick in der Umlaufbahn um den Block, fünfzehn-, zwanzigmal dieselbe Runde, Zeit läuft, man zeigt Präsenz und entmutigt jeden Versuch. Der Süden des Comercio ist bekanntlich ein Geschäftsviertel. Nehmen Sie noch den nahen Fluss dazu, dann gibt das: endloser Wind, alles kahl und schwarz, und nach dreiundzwanzig Uhr keiner mehr auf der Straße. In der Nacht von Regson hallt jeder Schritt von einer Fassade zur anderen wider wie eine schreckliche Prophezeiung: Menschen kündigen sich schon von fern durch dieses Echo an, das ihnen vorauseilt, man sieht sie lange nicht oder höchstens als Silhouetten, die mit dem Dunkel verschmelzen, und weiß nie genau, ob sie eine Gefahr darstellen, dann verschwinden sie mit ebensovielen Schritten, wie sie gekommen sind. In diesen einsamen, toten Nächten klappern bei den Frauen nicht nur die Absätze, sondern auch die Zähne: Wenn sie mir begegnen, sind sie immer ganz erleichtert, dass ich “Security” heiße. Andere mit kräftigen Armen, zwei-, dreimal gebrochener Nase und muskulärem Körper  haben Pistolen im Halfter und das Recht zu schießen, wenn nötig. Ich nicht. Es reicht, wenn du auf möglicherweise Verdächtiges hinweist. Glücklicherweise muss ich nicht entscheiden, ob es verdächtig ist oder nicht. Hinweis genügt. Wenn ich was sehe, muss ich was sagen. Sonst, also meistens, schweige ich.

Das ist, kurz gesagt, meine Arbeit. Und wenn ich sage, mit Pauken und Trompeten, dann nur, um ihr ein bisschen Melodie und Rhythmus zu verpassen. Tatsächlich ist es öde, sang- und klanglos seine Runden zu drehen. Daher die Frage, die mich ständig beschäftigt: Wenn dich die Fakten auf ein Nichts reduzieren – und das verkümmerte Gehirn nach innen abdriftet –, solltest du dann nicht an die Fantasie übergeben? Aber welche von den Fantasien, die die Menschen aufrechterhalten, nimmt man? Und welche meidet man besser, weil sie einen schädlichen Einfluss haben und uns blind für das machen, was leben heißt? Von allen Fragen, die ich mir ausdenken kann, ist diese meiner Meinung nach die wichtigste. Darüber hätte ich mit Van Goyen sprechen sollen, so lange noch Zeit war. Aber … jetzt habe ich ja … lebenslänglich Zeit … um mir Gedanken zu machen, noch ist nichts verloren. Wie auch immer: Manchmal brauchte ich einfach das Gefühl, wichtig zu sein, also habe ich lieber den unbedeutenden Nachtwächter getötet und mich als Hüter des Schatzes gesehen. Was mir nämlich immer schon leichtfiel, war die Geschichte des Goldes von Anfang an: In den idyllischen Zeiten ruhte das Gold auf dem Grunde der Flüsse und leuchtete im Ballett der Nixen auf. Dann brachte man es in Höhlen unter der Aufsicht von Drachen, aber die schliefen dauernd ein und wurden öfter von Helden geköpft. Seither befindet sich das Gold wegen der größeren Sicherheit in seinen trivialen Erscheinungsformen, Barren und Scheinen, in Banktresoren – und überall sonst, in subtilerer Form materialisiert es sich in Gebäuden, Möbeln, Datenbanken, Rechnern und kann sich sogar bis in die Höhen des Immateriellen aufschwingen: als graue Zellen, Wissen, unschätzbares menschliches Kapital. Wenn man diese vieltausendjährige Geschichte nachliest, zeichnet sich eine Konstante ab: Kapitalien vermehren sich nur im Liegen; um ihren Schlaf zu hüten, muss es Leute geben, die kein Auge zutun. Dafür bin ich da: als menschlicher Schutzschild und unermüdlicher Verteidiger der Zivilisation gegen die Barbarenhorden. Wer Frieden will, muss für den Krieg rüsten. In Regson übersetzen sie das Sprichwort in eine sehr moderne Sprache: Rüstet euch mit Gittern, Barrikaden, Panzertüren mit Riegeln, elektromagnetischen Sperren, Überwachungskameras, Detektoren, lasst keinen ein, ohne dessen Namen festzuhalten, nehmt euch in acht vor Metallen jeder Art, vor allem, was spitz ist, vor allem, was flüssig ist, vertraut niemandem, und ihr habt euren Frieden.

Außerdem haben sie mich, wegen der alternierenden Arbeit, für ein paar Wochen zum Fahrstuhlführer gemacht. Das klingt besser, ist es aber nicht. Fahrstuhlführer ist wirklich ein blöder Job. In den Lift quetschen sich immer Frauen mit Kleidern und Brüsten, die sie lange vor dem Spiegel gerichtet haben; um das genauer zu sehen, müsste man unter den Röcken liegen, also platt auf dem Boden, oder an der Decke hängen, so wie die Augen, die mich hier überwachen. Das ist das Unglaubliche am Beruf des Fahrstuhlführers: Ständig geht es rauf und runter, aber die Vorteile des Blicks von unten oder oben sind einem verwehrt. Du bist die ganze Zeit in diesen Käfig gesperrt, auf Augenhöhe mit Menschen, die sich unterhalten oder schweigen und so tun, als ob du nicht existierst, sie schauen den Ziffern beim Springen zu oder auf ihre Schuhspitzen, als wärst du eine große, rote Kurbel, und am Ende, wenn sie sicher sind, von dir befreit zu sein, murmeln sie ein Danke auf Wiedersehen, dem man die Erleichterung anhört. Fahrstuhlführer ist vielleicht gut für welche, die blitzartig lächeln und plaudern können und immer eine treffende Bemerkung über die Luft parat haben, die heute so erstaunlich frisch ist. Man wird nämlich ständig unterbrochen: Die Stockwerke kommen schnell, und dann musst du sofort aufhören, mitten im Satz; die Leute stellen aus Höflichkeit eine Frage, haben aber einfach nicht die Zeit für die Antwort. Oder es klingelt unten, und du musst hin, um die Nächsten einzuladen. Letztendlich ist Fahrstuhlführer eine kleine Aufgabe, die man Leuten zuteilt, die zu nichts nutze sind, weil das Gefühl, am großen Lauf der Welt teilzuhaben, indem man auf einen Knopf drückt, anscheinend davon abhält, zum Pflastertreter zu werden und Pflastersteine zu zählen und dann womöglich zwei-drei in die Hand zu nehmen und sie nur so in die kalten, tristen Auslagen mit der Winterkollektion zu werfen. – Das ist Capabellis. Meine Arbeit. Ich kann nicht behaupten, dass ich stolz darauf bin. Aber das Geld. Das Geld. Das brauche ich genauso wie jeder andere. Ich habe diese Stunden geopfert, weil ich tagsüber, zu Hause, weit Wichtigeres zu tun hatte.

 


© Deutsche Übersetzung: Brigitte Große

 

9 Kommentare

  • luise_wld

    Regson. Une villes des philantropes, une ville lumineuse dans la nuit. Rien ne se passe pas ici. Les gens qui vivent dans leur univers ne compernnent pas qu’ il y a les gens comme moi qui vivent dans le noir pour éviter les grimaces. Les nuits sont calme ici. Sans eux c’est presque agréable.

  • Amelie

    extrait +3
    J’étais veilleur à ma ville Regson. Regson est une belle ville dans la nuit. Les hommes ne sont pas dans la rue.

  • L.kreativ

    Ma ville “Regson”c’est ma ville…
    Je suis un veilleur parce que je déteste la vie avec tous les personnes durant ja journée.
    La nuit c’est mon temps parce que c’est calme.

  • Clara

    Je m’enfuis devant les gens qui sont partout.
    J’échappe au souffrance causé par les visages des gens.
    Je me réfugie dans la silence de la nuit.
    Je vois la beauté de la nuit.
    Je ne dors pas quand ils dorment.
    Je dors quand ils ne dorment pas.

  • AlexD

    En lisant, je étais intéressé d’apprendre quelque chose sur le travaille et sur la vie quotidienne de Nexus, sur la vie avant le crime. Ici, sa asocialité et sa misanthropie sont révélé pleinement. Il est insatisfait avec le monde et l’impossibilité de changer quoi que ce soit ne laisse lui pas tranquille. La bataille intérieure lui harcelé et aigrit, poussant à l’action.

  • Clara

    Nexus est un veilleur de nuit à Capabellis, une fondation philanthropique qui veut améliorer le monde sans ostentation. Parce qu‘il parle toujours des „hommes“, de „la face humaine“, de „l‘omniprésence de l‘Homme“, Nexus ne s‘identifie peut-être pas comme l‘un d‘eux.
    Au boulot, Nexus était mis dans le fond par les gens, parce qu‘il ne sait pas beaucoup ou parce qu‘il n‘est pas trop joli pour travailler dans le secteur avant de l‘entreprise. Par conséquent, les gens ne lui consacrent aucune attention.
    Nexus a besoin du sentiment d‘importer à quelqu‘un, d‘être important pour les événements mondiaux, d‘être remarqué par les hommes, il a besoin du sentiment d‘être reconnu par les hommes.
    D‘ailleurs, les hommes sont partout, ils le tourmentent parce qu‘ils sont partout.
    Le meurtre de beaucoup de personnes lui permet probablement le sentiment d‘être accepté par les gens comme l‘un d‘eux. Il reçoit d‘attention parce qu‘il a tué un tel grand nombre de personnes, parce qu‘il n‘avait pas peur des conséquences et parce qu‘il avait gardé le silence longtemps. Par conséquent, il a infligé aux juges de long travail et du tracas à cause de lui, Nexus, une personne insignifiante, discrète, une personne qui n‘est pas importante pour le développement du monde.

  • Clara

    L‘histoire „Les veilleurs“, écrit par Vincent Message est une histoire qui n‘était jamais raconté avant en cette forme.
    Particulièrement passionnante est la présentation du personnage principal, d‘un meurtrier: l‘auteur nous présente les points de vue d‘un malade mental. Le texte nous laisse regarder dans une âme complètement cassée.
    Bien que ce texte soit écrit simplement, la langue est merveilleuse. Le texte est écrit mystérieusement, avec d‘art et avec de la sentimentalité. L‘auteur prouve un sens pour la beauté de la langue. Une description exacte pour la langue sont les phrases: „Il y eut les nuits, les nuits, la nuit, d’autres, éternelles et particulières, sans lune, trépidantes, laissant traîner au ciel, dans un recoin, un croissant jaune ensorceleur, maussades, ou bien d’accalmie sur la ville qui soudain se donnait pour morte.“
    L‘histoire présente un extrême d‘une personne qui chacun pourrait devenir. Être inaperçu, sans importance, avoir la peur des gens, détester les.
    Le livre pourrait être un exemple pour des psychologues et des étudiants qui veulent s‘intéresser à la psyché de l‘homme. Surtout, le texte est très intéressant pour des spécialistes des affaires criminelles pour faire la connaissance d‘un meurtrier très spécial, ses motifs de son acte, sa façon de penser.
    C‘est une histoire spéciale et exceptionnelle. Le livre est non seulement la littérature grand public, mais encore une histoire pour les personnes intéressées à la psyché de l‘homme.

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