[deutsche Übersetzung: weiter unten]

-Ces messieurs désirent une compagnie? 

A peine seize ans, ficelées dans deux petits bouts de corsets, deux gamines les accueillirent avec un sourire inextricable. Requiem s’arrêta avec celle aux cheveux savanes-boisées. 

-Tes seins étanchent ma soif… 

-Monsieur… 

-Une séance de massage revient à combien? La fille énonça un chiffre. 

-Tu sais que la bourse de Tokyo est en chute libre ? 

Elle le tint par les poignets… 

-Bénéfice égale prix de vente plus prix d’achat moins l’emballage… 

Sur la devanture du Tram, un grand panneau :« Déconseillé aux pauvres, minables, incirconcis, historiens, archéologues, lâches, psychologues, radins, imbéciles, insolvables et vous autres qui avez la guigne d’avoir moins de quatorze ans, sans oublier les élus de la douzième maison, les creuseurs désargentés, les étudiants sadiques, les politiciens de la Deuxième République, les historiens, les donneurs de leçon, les mouchards…» Requiem prit le numéro de téléphone de la fille. Ils pénétrèrent dans l’établissement. Rien de spécial dans ce Tram 83. Noir de part et d’autres. On dirait la grotte de Lascaux. Des hommes. Des femmes. Des enfants, avec des verres et des clopes. Au fond, un groupe musical qui massacrait, et sans gêne, un morceau de Coltrane, sans doute, Summertime. Ils se dirigèrent vers le comptoir. Deux filles aux seins-grosses-tomates les suivirent aussitôt; ça s’appelle « filature ».  

-Vous avez l’heure ? 

Rien. Les yeux de Requiem patrouillaient dans les soutiens-gorge. L’une d’elles était la fille qui l’avait accosté à la gare dont la construction métallique…  

-Vous avez l’heure ? martelaient les filles-mères, austères et décidées. 

C’était une gigantesque tâche que d’identifier toutes les femmes qui pénétraient dans le Tram 83. Elles luttaient avec acharnement contre la vieillesse. Difficile de hasarder une distinction entre les filles de moins de seize ans, appelées canetons ; les filles-mères ou celles qui ont entre vingt et quarante ans, désignées filles-mères même lorsqu’elles n’ont pas d’enfant et les femmes-sans-âge dont l’âge fixe débute à partir de quarante et un ans. Aucune ne voulait prendre une ride. Elles se maquillaient du matin au soir, portaient de faux seins, utilisaient les manières fortes d’aguicher les clients et portaient des noms à consonance étrangère, Marylin Monroe ou Sylvie Vartan ou Romy Schneider ou Bessie Smith ou Marlene Dietrich ou Simone de Beauvoir, question de marquer leur présence au monde.  

-L’horloge de ton père, répliqua Requiem. 

Ils prirent la troisième table de gauche à l’angle du comptoir qui offre une vue imprenable et sur les portes d’entrée et sur les jazzmen continuant à prostituer la musique et sur les toilettes et sur le comptoir et sur une rangée de filles-mères, allergiques, agressives, célibataires et matures par-dessus le marché. Requiem, dans ses moments de folie, répétait à qui voulait l’entendre qu’il est préférable pour contrôler la circulation et les livrets de baptême de choisir une table qui permette de maîtriser du regard les espaces précités, récapitulons : le comptoir, les installations sanitaires, les femmes seules, les portes d’entrée, les musiciens, même quand ils se ruent dans les loges pour fumer leur marijuana, les serveuses, les aides-serveuses… 

 

© Fiston Mwanza


„Wünschen die Herren Gesellschaft?”

Zwei Mädchen, kaum sechzehn Jahre alt, beide in winzige Mieder gezwängt, empfingen sie mit einem undurchschaubaren Lächeln. Requiem hielt sich mit der Kleinen mit dem savannenfarbenen Haar auf.

„Deine Brüste löschen meinen Durst…”

„Monsieur…”

„Wie viel nimmst du für eine Massage?”

Die Kleine nannte eine Summe.

„Du weißt, dass die Tokioter Börse gerade ins Bodenlose fällt?”

Sie ergriff seine Handgelenke…

„Gewinn ist gleich Verkaufspreis plus Einkaufspreis minus Verpackung…”

Am Eingang des Tram hing ein großes Schild: „Nicht empfohlen für Arme, Loser, Unbeschnittene, Historiker, Archäologen, Feiglinge, Psychologen, Geizhälse, Dummköpfe, Zahlungsunfähige und euch andere, die ihr das Pech habt, jünger als vierzehn zu sein, nicht zu vergessen die Auserwählten des zwölften Hauses, die abgebrannten Grubenarbeiter, sadistischen Studenten, Politiker der Zweiten Republik, Historiker, Lektionen-Erteiler, Spitzel…” Requiem nahm die Telefonnummer des Mädchens entgegen. Sie betraten das Etablissement. Nichts Besonderes in diesem Tram 83. Überall Dunkelheit. Man könnte meinen, es sei die Höhle von Lascaux. Männer. Frauen. Kinder mit Gläsern und Kippen. Weiter hinten eine Musikkapelle, die ungeniert ein Stück von Coltrane verhunzte, es sollte wohl Summertime sein. Sie gingen zur Theke. Zwei Mädchen mit Riesentomatenbrüsten folgten ihnen auf dem Fuße, so was nennt man Beschattung.
„Können Sie mir sagen, wie spät es ist?”
Nichts. Requiems Augen patrouillierten in ihren Büstenhaltern. Die eine war die Kleine von vorhin, die ihn am Bahnhof angequatscht hatte, der eine halbfertige Metallkonstruktion…
„Können Sie mir sagen, wie spät es ist?” bohrten die beiden Mutter-Mädchen eisern und streng weiter.
Keine leichte Aufgabe, alle Frauen, die ins Tram 83 kamen, in die richtige Kategorie einzuordnen. Sie alle kämpften verbissen gegen das Altern an. Ein verzwicktes Unterfangen, zwischen ihnen zu unterscheiden. Da waren die Unter-16-Jährigen, Küken genannt; die Mutter-Mädchen zwischen 20 und 40, die auch dann Mutter-Mädchen genannt wurden, wenn sie gar keine Kinder hatten, und schließlich die alterslosen Frauen, die für immer einundvierzig waren. Keine von ihnen konnte eine Falte ertragen. Sie schminkten sich von morgens bis abends, trugen falsche Brüste, nutzten jedes Mittel, um Kunden anzulocken, und trugen fremd klingende Namen, Marylin Monroe oder Sylvie Vartan oder Romy Schneider oder Bessie Smith oder Marlene Dietrich oder Simone de Beauvoir, ging es doch darum, sich der Welt bemerkbar machen.
„Spät, doch nicht zu spät”, entgegnete Requiem.
Sie nahmen den dritten Tisch links in der Ecke neben der Bar, von dort aus hatte man alles im Blick, sowohl den Eingangsbereich als auch die weiterhin die Musik schändenden Jazzer und die Toiletten und die Bar und eine Reihe von Mutter-Mädchen, die allergisch, aggressiv, ledig und obendrein reif waren. Requiem sagte in seinen verrückten Momenten jedem der es hören wollte, dass es zur Kontrolle des Verkehrs und der Taufurkunden besser wäre, einen Tisch zu nehmen, von dem aus man die genannten Orte übersehen konnte, fassen wir noch einmal zusammen: die Bar, die sanitären Anlagen, die unbegleiteten Frauen, den Eingangsbereich, die Musiker, selbst wenn die gerade hinter die Bühne stürmten, um ihr Marihuana zu rauchen, die Kellnerinnen, die Hilfskellnerinnen…

 


© Deutsche Übersetzung: Katharina Meyer; Lektorat: Gernot Krämer

 

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