Concernant les commentaires sur mes poèmes :  j’ai parfois un peu de mal pour bien comprendre ceux qui sont rédigés en allemand mais je suis très sensible à l’attention portée par les commentateurs à ces traductions et je suis souvent frappé par la justesse des réactions à l’ambiance sentimentale de mes poèmes ; je pense seulement qu’il faudrait sans doute ne pas réduire ces textes à la sorte de mélancolie qui les domine : il y a aussi la forme, le rythme, la densité — et c’est dans cette forme (la possibilité de construire cette forme) qu’il y a, aussi, de la joie, la sensation d’une petite victoire sur la mélancolie ; je l’espère, en tout cas.
Plusieurs des commentateurs ont réagi au poème sur la couleur bleue («l’âme : le bleu…»). Attribuer à l’âme cette couleur-là est largement arbitraire et subjectif, évidemment.
Mais pas totalement : au moment de la composition de ce poème j’avais en tête un texte de Hölderlin («En bleu adorable» — j’ai malheureusement oublié la référence exacte en allemand) et quelques grandes peintures des années 1950 de l’artiste américain Robert Motherwell («Blueness of blue»). Le poème est écrit dans le souvenir de ces œuvres-là.
Pour moi, le bleu est d’abord la couleur du ciel vide (sans nuages, sans dessins : une pure couleur, une couleur qui efface les figures, les lignes, les limites, etc — et qui est comme la couleur de l’infini) ; en somme la couleur que l’on voit quand on ne voit plus rien de détaillé ni de dessiné ; c’est le sens que prend ce mot dans le verbe français «éblouir» qui vient à l’origine de «é-bleu-ir» et qui désigne le fait de ne plus rien voir ; l’âme c’est aussi ce qu’on ne voit pas, n’est-ce pas ?
Mais il y a aussi bien d’autres valeurs du bleu : le bleu des traces de coups (les hématomes), le bleu des boules que l’on mettait autrefois dans la lessive pour que le linge devienne plus blanc, le bleu de l’ivresse (en français on disait autrefois «être dans le bleu», dans le sens de «être ivre») : le «bleu de cuite», donc.

1 Kommentar

  • Rike Bolte

    Cher Christian Prigent,

    je viens d’arriver de Puerto Rico – île dans le bleu -, plus exactement du Festival de la Palabra, où on a lu “L’âme: le bleu” avec Mayra Santos-Febres et James Noël, que étaient pleins d’enthousiasme pour ce texte.
    Merci pour les commentaires! Car je suis en train de défaire mes valises, j’apporte vitement la référance du texte d’Hölderlin: c’est “In lieblicher Bläue”, de 1823. Il ya une édition en fac-similé en ligne: http://www.hoelderlin.de/

    Amicalement, Rike Bolte

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